L’essentiel en 6 repères6 min
Le ramonage est légalement obligatoire en France depuis le décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023. Selon que votre installation utilise le gaz, le bois, le fioul ou les granulés, la fréquence de cette opération varie, de même que les responsabilités entre propriétaire et locataire. Ne pas vous y conformer expose à une amende, un refus d’indemnisation d’assurance et un risque sanitaire réel.
Ramonage obligatoire : la loi depuis 2023
Le décret n° 2023-641 du 20 juillet 2023 a institué une obligation nationale uniforme de ramonage pour tous les propriétaires et locataires disposant d’un appareil de chauffage à combustion. Cette réglementation s’applique de manière identique sur tout le territoire français, sans dérogation régionale pour les seuils minimums.
L’objectif principal est double : prévenir les accidents de surcharge thermique du conduit (incendie) et éviter l’accumulation de gaz nocifs, notamment le monoxyde de carbone, qui peut s’échapper dans le logement. Le ramonage régulier assure que le conduit reste dégagé et que l’évacuation des gaz de combustion fonctionne correctement.
Cette obligation concerne tous les appareils de chauffage utilisant un combustible : gaz naturel, fioul domestique, bois, granulés, charbon, ou tout autre combustible liquide ou solide. Le ramonage doit être confié à un professionnel qualifié, qui établit un certificat attestant de l’exécution et de la conformité de l’intervention. Cet certificat constitue votre preuve de respect de la réglementation.
La portée du décret est large : il concerne aussi bien les maisons individuelles que les appartements en immeuble collectif, tant qu’ils disposent d’un appareil de chauffage à combustion raccordé à un conduit. Aucun logement équipé d’un chauffage par combustion n’échappe à cette obligation.
Combien de fois par an selon votre appareil
La fréquence du ramonage dépend directement du type de combustible utilisé par votre installation.
Pour les appareils fonctionnant au gaz naturel ou au gaz propane, un seul ramonage annuel suffit. C’est aussi le cas pour les chaudières électriques équipées d’un conduit, bien que ces dernières en aient moins besoin que les appareils de combustion. Un passage par an permet de vérifier l’état du conduit et de le nettoyer si des dépôts s’y sont accumulés.
Pour les appareils utilisant un combustible solide ou liquide — bois, granulés de bois, fioul domestique ou charbon — l’obligation est plus stricte : le ramonage doit intervenir deux fois par an minimum. De plus, l’une de ces deux interventions doit impérativement se dérouler pendant la période de chauffe, c’est-à-dire alors que l’appareil fonctionne réellement et produit les dépôts qui s’accumulent dans le conduit.
Cette distinction reflète la réalité : les combustibles solides et le fioul produisent beaucoup plus de résidus (suie, cendre, goudron) que le gaz. Un conduit alimenté au bois ou au fioul s’encrase donc plus rapidement et demande plus d’attention. Le passage obligatoire en saison de chauffe permet de s’assurer que le conduit reste opérationnel durant les mois froids, quand le chauffage fonctionne à pleine capacité.
Certaines installations peuvent être soumises à des exigences supplémentaires selon votre zone. Vérifiez auprès de votre mairie ou de l’organisme responsable de la mise en œuvre des normes de sécurité locales en cas de doute.
À retenir
Le combustible fixe le rythme : au gaz, un ramonage par an suffit.
Qui doit faire ramoner : propriétaire ou locataire ?
En location, la charge du ramonage incombe généralement au locataire. C’est une obligation qui pèse sur celui qui occupe le logement et qui en bénéficie directement en se chauffant. Cependant, le contrat de bail peut stipuler un partage différent des responsabilités : certains propriétaires conservent cette charge, soit à titre de service, soit parce que le bail le prévoit explicitement de manière précise.
Il est donc recommandé de relire votre contrat de location pour vérifier qui en est responsable dans votre cas précis. Cette information doit figurer clairement au bail, sinon la règle générale s’applique : c’est le locataire qui doit engager le professionnel et en assumer les frais. Quel que soit le partage des tâches entre propriétaire et locataire, le certificat de ramonage doit être conservé par le propriétaire du bien. C’est cette pièce qui prouvera la conformité en cas de sinistre ou de contrôle ultérieur.
Pour un propriétaire occupant son propre logement, l’obligation pèse sur lui seul. Il n’y a pas d’exception fondée sur la possession personnelle du bien — tout logement chauffé par combustion est concerné, quel qu’en soit le statut d’occupation.
Les conséquences si vous ne faites pas ramoner
L’absence de ramonage régulier expose le propriétaire ou le locataire à trois types de conséquences graves.
D’abord, la sanction administrative : le non-respect de l’obligation de ramonage constitue une contravention de 3e classe, passible d’une amende pouvant atteindre 450 euros. C’est une charge financière non négligeable en plus des frais que vous auriez dû engager pour l’entretien régulier.
Deuxièmement, l’absence de certificat de ramonage valide entraîne un refus d’indemnisation de la part de votre assurance habitation. En cas de sinistre lié au chauffage — incendie du conduit ou intoxication au monoxyde de carbone — votre compagnie d’assurance peut refuser toute indemnisation. C’est une sanction double : vous devez d’abord payer pour réparer ou soigner le sinistre, puis l’assurance refuse de participer aux frais.
Troisièmement, le risque direct : un conduit encrassé ou partiellement bouché ne peut plus évacuer correctement les gaz de combustion. Cela engendre un mauvais tirage, une combustion incomplète du combustible et une accumulation silencieuse de monoxyde de carbone dans le logement — ou un risque d’incendie du conduit lui-même si la couche de dépôt s’enflamme. Ces risques ne disparaissent pas s’ils ne sont pas constatés : ils évoluent silencieusement pendant des mois.
Le monoxyde de carbone : le danger silencieux
L’intoxication au monoxyde de carbone est un phénomène peu visible mais réel. Ce gaz est inodore et incolore : il s’accumule sans signe perceptible jusqu’à atteindre des concentrations dangereuses. Contrairement à la fumée visible ou à une odeur de brûlé, le monoxyde de carbone n’envoie aucun signal d’alerte naturel.
En France, Santé Publique France recense environ 1 300 événements d’intoxication au monoxyde de carbone par an, impliquant en moyenne 3 000 personnes. Ces chiffres incluent les intoxications domestiques liées à un chauffage défaillant ou mal entretenu. C’est une statistique significative : chaque année, plusieurs milliers de Français sont exposés à ce risque invisible.
Le chiffre
3 000 personnes
touchées chaque année par le monoxyde de carbone, sur 1 300 accidents
Les premiers symptômes d’une exposition au monoxyde de carbone sont souvent confondus avec une grippe ou un malaise passager : mal de tête, nausées, vertiges, ou sensation de fatigue prolongée. Si plusieurs personnes du foyer les ressentent simultanément, ou si les symptômes disparaissent dès qu’on quitte le logement, l’intoxication au monoxyde de carbone est à envisager sérieusement et impose une intervention d’urgence.
Une exposition prolongée à forte dose peut entraîner des séquelles neurologiques durables ou être fatale. La prévention passe par le ramonage régulier, qui maintient le tirage du conduit et évite que les gaz ne s’accumulent dans le logement. Un ramonage annuel ou biannuel — selon votre appareil — reste la meilleure garantie contre ce risque.
Le certificat de ramonage : preuve de conformité
Un ramonage effectué n’a de valeur légale que si un certificat est établi et conservé. Ce document est la preuve que vous avez satisfait à votre obligation légale et que l’intervention a été réalisée dans les règles de l’art.
Le certificat doit être délivré par le professionnel qui réalise le ramonage. Il mentionne la date de l’intervention, le type d’appareil ramoné, l’identification du professionnel (ramoneur, technicien chauffagiste qualifié), et confirme que le conduit a été nettoyé dans les règles de l’art. Certains certificats mentionnent aussi l’état du conduit avant et après le ramonage, ce qui constitue une pièce encore plus solide.
Vous devez conserver ce certificat pour la durée pendant laquelle l’appareil est en service. En cas de sinistre, votre assureur le demandra immédiatement. Lors d’une vente ou d’une location ultérieure, ce document peut aussi être exigé par l’acquéreur ou le nouveau locataire pour s’assurer de la conformité du bien. Un dossier complet avec tous les certificats des trois à cinq dernières années constitue la meilleure protection.
En location, le certificat doit être remis au propriétaire, même si c’est le locataire qui en a assumé le coût et l’organisation. Le locataire peut conserver une copie à titre informatif, mais c’est le propriétaire qui est légalement responsable de son archivage et de sa production en cas de contrôle. Cette clarification évite les conflits ultérieurs sur l’accès à cette preuve.
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Chloé Girard vous répond, rubrique Maison.



